(BFM Bourse) - Le groupe de cosmétiques et de produits de beauté a très nettement battu les attentes au premier trimestre, grâce notamment à ses produits pour les professionnels et dans une moindre mesure à sa division Luxe.
L'Oréal avait laissé le marché sur une note bien amère. Le groupe de cosmétiques et de parfums avait manqué les attentes sur le dernier trimestre 2025, alimentant quelque peu les doutes sur son algorithme de croissance et sa capacité à surperformer nettement le marché de la beauté. L'action avait alors chuté de près de 5%, en février dernier.
La société dirigée par Nicolas Heronimus se montrait toutefois optimiste pour 2026, notamment grâce à son "stimulus beauté".
Ce plan a été lancé l'an dernier et prévoit un nombre élevé de lancements de produits innovants dans différentes catégories, comme de nouveaux parfums. Citons à titre d'exemple le fond de teint "Skin Ink Infaillible", ou encore, au second semestre 2025, la gamme de soin anti-âge HR "Replasty age recovery" ou encore le lancement d'une ligne de parfums pour homme Prada.
Le début d'année 2026 de L'Oréal, donne matière à croire dans l'optimisme de la direction. Même si les chiffres sont une nouvelle fois perturbés par les effets de "phasage" dus à la transformation numérique de la société.
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Une croissance qui a de quoi "impressionner"
Le groupe de cosmétiques a déployé en 2024 de nouveaux systèmes informatiques dans ses divisions, avec des calendriers de mise en place différents.
Le problème est qu'en raison de ces nouveaux outils SAP, le pensionnaire du CAC 40 surstocke ses produits auprès de ses grossistes dans la zone (ou la division) où ces outils sont déployés, afin d'éviter des perturbations. Ce qui provoque des impacts considérables (et artificiels) sur la performance de ses divisions en termes de croissance d'un trimestre à l'autre.
Ainsi sur les trois premiers mois de 2026, L'Oréal a généré des revenus de 12,15 milliards d'euros, traduisant une croissance de 7,6% en données comparables, c'est-à-dire hors effets de changes et de périmètre.
La société précise que, retraité des effets de phasage informatique, la croissance retombe à 6,7% en données comparables (la croissance comparable "ajustée").
Citi estime que le consensus tablait sur un taux de 5,8% quand Jefferies considère que le marché anticipait plutôt un chiffre de 5%.
Dans tous les cas, L'Oréal a nettement dépassé les attentes, ce que le marché salue. L'action prend 8,2% vers 10h50, ce jeudi 23 avril, signant de loin la plus forte hausse du CAC 40.
Des cheveux plus longs, une aubaine pour L'Oréal
Oddo BHF estime que la croissance du groupe a de quoi "impressionner". "Il s'agit d'une performance solide, surtout si l'on considère que les autres acteurs du secteur ont connu des difficultés en termes de demande depuis le début de l'année", abonde Jefferies.
Dans le détail, L'Oréal a été porté par le segment "produits professionnels", c'est-à-dire les articles que la société fournit aux salons de coiffure, avec une croissance de 13,1% en données comparables "ajustées".
"La division génère une forte performance depuis 18 mois qui est portée par une transformation structurelle qui lui a permis de devenir omnicanal", a déclaré aux analystes Nicolas Hieronimus.
Le directeur général a expliqué que la division avait été portée par des nouveautés 'premium', par les ventes en ligne et par le fait que les soins des cheveux sont "devenus une catégorie plus sophistiquée et valorisée".
"Dans le monde entier, les cheveux sont plus longs, peu importe l'âge, les femmes gardent leurs cheveux plus longs, les gens sont inquiets de leur perte de cheveux et la population se métisse, avec beaucoup de cheveux bouclés, texturés qui sont plus exigeants en termes de soins", a développé Nicolas Hieronimus.
La division "luxe" (parfums, soins de la peau Aesop ou Takami) a enregistré une croissance de 5,6% en données comparables ajustées, un petit peu au-dessus du consensus.
"Les soins de la peau commencent à montrer des signes encourageants pour le groupe, avec une bonne dynamique continue (pour le groupe) dans les parfums, les soins capillaires et le maquillage", constate globalement Oddo BHF.
Redressement de la Chine
La beauté dermatologique qui inclut par exemple les marques La Roche Posay et Cerave, affiche une croissance robuste de 10,2%, nettement supérieure au consensus, tandis que les produits grand public (Garnier, Mixa, Nyx) ont légèrement fait moins bien qu'attendu (+4,1%).
Par région, la société a bénéficié d'une bonne dynamique en Amérique du Nord, avec une croissance de 7,6%. Jefferies note surtout la performance encourageante en Asie du Nord, zone dans laquelle la Chine pèse à hauteur de 65%. Cette région affiche une croissance de 4,8% en données comparables au premier trimestre, soit un point de mieux que les attentes.
Oddo BHF note une croissance légèrement positive en Chine (entre 1% à 2% selon le courtier) qui "reste intégralement tirée par le digital alors que le 'mass market' souffre encore (en légère baisse)".
In fine, la publication de la société "confirme que la surperformance du groupe en matière de croissance devrait accélérer tout au long de l'année", ce qui soutiendra la valorisation de la société, juge de son côté Citi.
"Il convient de noter que cette performance a été généralisée, toutes les régions et divisions ayant enregistré une croissance supérieure à 4%, dans ce contexte, nous soulignerions la poursuite de la reprise en Chine, la résilience de l'Europe et une certaine accélération en Amérique du Nord", apprécie de son côté UBS.
Un impact à relativiser du Moyen-Orient
"Dans l'ensemble, nous estimons que le premier trimestre a clairement mis en évidence les perspectives de croissance supérieures des ventes à périmètre constant de L'Oréal ainsi que ses qualités défensives", ajoute la banque suisse.
Lors de la conférence téléphonique avec les analystes, Nicolas Hieronimus, a indiqué le marché de la beauté avait augmenté d'un peu moins de 4% au premier trimestre, ce qui porte la surperformance de L'Oréal à un ratio de 1,7-1,8 fois le marché, contre 1,1-1,2 fois précédemment, remarque UBS.
Le dirigeant a aussi relativisé l'impact du conflit au Moyen-Orient, rappelant que cette région représentait moins de 3% des ventes du groupe. Nicolas Hieronimus a également indiqué qu'à ce stade la société n'avait pas constaté de ralentissement de la consommation de produits de beauté.
"Jusqu'à présent, L'Oréal s'est démarquée (de ses concurrents, NDLR), le Moyen-Orient (moins de 3 % du chiffre d'affaires du groupe) n'ayant eu qu'un effet négatif négligeable sur les résultats du premier trimestre du groupe (contre un effet défavorable de 1 point de pourcentage pour des entreprises telles que Beiersdorf, LVMH ou Kering)", apprécie UBS.
De plus l'entreprise a expliqué que "la hausse des coûts des matières premières serait rapidement atténuée – la société a indiqué qu'un prix du pétrole compris entre 90 et 100 dollars se traduirait par un effet de vent contraire d'environ 20 points de base sur les marges du groupe (soit 90 à 100 millions d'euros de coûts supplémentaires)", rapporte encore UBS.
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